Sur un air de poésie : Mallarmé et Mac Orlan

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Poésie : art d’évoquer et de suggérer les sensations, les impressions, les émotions les plus vives par l’union intense des sons, des rythmes, des harmonies, en particulier par les vers. Saviez-vous que deux poètes de renom ont vécu en Seine-et-Marne ? Alors profitons de l’arrivée du printemps pour mettre un peu de poésie dans votre quotidien. (Re)découvrez Pierre Mac Orlan et Stéphane Mallarmé, tous deux magiciens des mots qui ont continué à faire fleurir leur art en vivant en Seine-et-Marne. Peut-être dénicherez-vous ici ce qui les a inspirés à créer…

Mallarmé à Vulaines-sur-Seine : « le prince des poètes », l’innovateur de la pensée poétique du 19e siècle

« Valvins, par Avon, Seine-et-Marne« , ainsi commencent les lettres rédigées par le célèbre poète Stéphane Mallarmé depuis son havre secondaire.

Le musée départemental Stéphane Mallarmé est l’une des plus belles maisons d’écrivains en France. Située à Vulaines-sur-Seine, face au fleuve, dans le lieu-dit serein de Valvins, l’ancienne auberge était utilisée par les bateliers jusqu’à l’arrivée du chemin de fer. Stéphane Mallarmé y trouvait refuge à quelques kilomètres des mondanités parisiennes. Aujourd’hui, l’atmosphère du lieu semble intacte et le musée nous révèle la mémoire du poète de pièce en pièce… Jusqu’au jardin.

Ici, l’artiste-poète s’adonne au jardinage et au canotage. Il y plante un grand marronnier blanc et s’occupe de son havre de paix avec soin.

Tous les matins je me promène avec le sécateur et fais leur toilette aux fleurs, avant la mienne.

Lettre à sa fille Geneviève, 27 mai 1897

Pour nous, humbles visiteurs, ce cocon préservé -tel un jardin secret- nous donne envie de flâner… Un recueil de poèmes à la main, et pourquoi pas… se laisser porter par la contemplation des pommiers et rosiers en fleurs.

Venez m’interrompre, votre visite à tous sera une petite fête, à quoi se préparent rivière et forêt.

Lettre à Berthe Morisot et Eugène Manet, 21 août 1887

Mallarmé séjourne à Valvins pour la première fois en août 1874. Il y passe ses vacances d’été et de la Toussaint. Plus les années passent, et plus il vient souvent. Il finit par y mourir. “Tout le monde a un pays natal, moi j’ai adopté Valvins”, disait-il.

Parmi les vestiges du 19e siècle que l’on trouve dans le musée lorsqu’il est ouvert à la visite : ses photos de famille, le châle du poète laissé là sur son rocking-chair, son portrait réalisé par Nadar, l’éventail qu’il avait offert à sa fille, une commode dans laquelle il rangeait ses feuilles de brouillon, sa vieille bibliothèque anglaise, sa vaisselle en porcelaine, la « table des mardis » autour de laquelle se sont réunis Paul Valéry, Claude Debussy ou Oscar Wilde. Tout nous rappelle l’histoire de ce poète.

Un poème est un mystère dont le lecteur doit chercher la clef.

Stéphane Mallarmé

À l’origine, Mallarmé écrivait des poèmes simples d’une beauté classique puis ce fut une poésie nouvelle figurative. Il souhaitait suggérer le mystère et l’invisible, suggérer tout l’Univers. “Je n’ai jamais procédé que par allusion.”, disait-il. Il n’utilisait pas les mots pour raconter une histoire ou désigner les choses de façon ordinaire, mais mettait les mots en mouvement pour voir quelles associations et analogies ils pouvaient suggérer. En engageant ainsi le lecteur dans ce rythme de mots, de métaphores et d’images, il comptait sur l’imagination des gens.

Dans son poème “Sainte”, il utilise les mots “mandore” et “viole” pour créer une atmosphère autour de la vieillesse, au lieu de simplement la décrire. Le lecteur a ainsi la liberté de comprendre le sens de ces mots comme il le souhaite ; le poème ne peut vivre que si le lecteur s’empare des associations et analogies au cœur du texte.

Mallarmé vit ainsi avec la dissonance, il veut désorienter son lecteur et non le divertir. C’est ainsi qu’il participe à la création de cette sensibilité inconnue jusqu’alors.
L’obscurité de Mallarmé fut un des thèmes propices à toutes les incompréhensions voire même les huées. Certains diraient que le mystère de son art, et sa beauté aussi, en dérivait. Cela n’empêche pas le poète d’être entouré d’amis artistes intimes comme Auguste Rodin, Auguste Renoir, Paul Fort ou encore Paul Valéry.

Son travail, comme celui de Baudelaire, attira également les compositeurs. Nombreux sont les poèmes longs de Mallarmé qui furent adaptés en musique comme par exemple “L’Après-midi d’un faune” par Debussy.

Poème : Sainte
À la fenêtre recélant
Le santal vieux qui se dédore
De sa viole étincelant
Jadis avec flûte ou mandore,

Est la Sainte pâle, étalant
Le livre vieux qui se déplie
Du Magnificat ruisselant
Jadis selon vêpre et complie :

À ce vitrage d’ostensoir
Que frôle une harpe par l’Ange
Formée avec son vol du soir
Pour la délicate phalange

Du doigt que, sans le vieux santal
Ni le vieux livre, elle balance
Sur le plumage instrumental,
Musicienne du silence.

Mac Orlan à Saint-Cyr-sur-Morin : “poète de l’aventure” et créateur du “fantastique social”

« Cette petite maison, que j’habite toute l’année, est tellement bien ajustée à mon corps qu’elle me complète comme un vêtement de chasse ou de golf, un vêtement où l’on se trouve à l’aise sans le remarquer et peut-être sans savoir pourquoi. » (Art et Médecine, 1934)

Si vous ne savez pas qui est ce monsieur -plutôt discret dans la mémoire collective- c’est sa plume qui vous attirera, comme peut l’être celle de Georges Brassens. Pierre Mac Orlan est un écrivain, membre de l’académie Goncourt dès 1950. Son œuvre oscille entre histoires surréalistes et réalisme inspiré par son travail journalistique. Il est l’auteur du « Quai des brumes » dont l’adaptation cinématographique est connue de toutes les générations. Mais il débuta par l’écriture de contes humoristiques, après avoir tenté une carrière dans la peinture. Après la Première Guerre mondiale, son inspiration se tourna vers le registre fantastique et le roman d’aventures. Il entama aussi une activité de producteur radio et de parolier. En près de 20 ans, il livra une soixantaine de textes de chansons d’humeur nostalgique, marquées par l’univers militaire, et surtout par celui des villes et des ports qui le fascinait.

A mon âge, la propriété n’est qu’un mot usé jusqu’à la trame comme tous les mots que je suis bien obligé d’employer pour gagner ma vie. Ce que je possède sûrement, sans malentendu, c’est ce que j’imagine, ce que j’écris, ce que je raconte selon mon humeur du jour. C’est un bien insaisissable. A côté de cette certitude, un mur en pierres de taille n’est qu’une apparition fantomatique.”  (Art et Médecine, 1934)

La maison de Pierre Mac Orlan se trouve au hameau des Archets, à l’entrée de Saint-Cyr-sur-Morin au nord-est de la Seine-et-Marne. Il découvrit Saint-Cyr en 1912 avec ses amis de Montmartre qui y venaient les dimanches d’été pour des parties de pêche ou des séances de peinture. En 1927, Mac Orlan décide de se retirer à Saint-Cyr-sur-Morin dans une ancienne ferme briarde. Plutôt connu pour apprécier les villes portuaires comme Brest, le décor campagnard de la vallée du Petit Morin semble l’inspirer car il écrivit la plus grande partie de son œuvre ici et y vécut jusqu’à sa mort en 1970.

L’aventure n’existe pas. Elle est dans l’esprit de celui qui la poursuit et, dès qu’il peut la toucher du doigt, elle s’évanouit, pour renaître bien plus loin.

Extrait du Petit manuel du parfait aventurier

Tout y a été soigneusement préservé pour rendre hommage à son monde quelque peu rocambolesque : escaliers étroits, affiches, tapisseries, effets personnels de l’écrivain et mêmes les voix de ses occupants… Un univers intimiste et résolument littéraire.
Le musée de la Seine-et-Marne, à quelques pas de la maison Mac Orlan, lui consacre aussi un étage entier pour détricoter ses œuvres et sa personnalité.

La Chanson De Margaret
C’est rue de la Crique que j’ai fait mes classes
Au Havre dans un bar tenu par Chloé
C’est à Tampico qu’au fond d’une impasse
J’ai trouvé un sens à ma destinée
On dit que l’argent c’est bien inodore
Le Pétrole est là pour vous démentir
Car à Tampico quand ça s’évapore
Le passé revient qui vous fait vomir

Oui j’ai laissé là mes joues innocentes
Oui à Tampico je me suis défleurie
Je n’étais alors qu’une adolescente
Beaucoup trop sensible à des tas d’profits
Les combinaisons ne sont pas toujours bonnes
Comme une vraie souris j’ai fait des dollars
Dans ce sale pays où l’air empoisonne
La marijuana vous fout le cafard

On m’encourageait j’en voyais de drôles
Je vidais mon verre en fermant les yeux
Quand j’avais fait le plein j’voyais le pactole
Et les connaisseurs trouvaient ça curieux
Une fille de vingt ans, c’est pour la romance
Et mes agréments semblaient éternels
Mais par-ci par-là quelques dissonances
M’en ont mis un coup dans mon arc-en-ciel
C’est là que j’ai laissé derrière les bouteilles
Le très petit lot de mes petites vertus
Un damné matelot qui n’aimait que l’oseille
M’en a tant fait voir que je me reconnais plus
Oui, il m’a fait voir le ciel du Mexique
Et m’a balancée par un beau printemps
Parmi les cactus, dans le décor classique
Où le soleil vous tue comme à bout portant

Un cock shangaïé, un soir de folie
A pris mon avenir comme un beau cadeau
Il m’a dit « petite, il faut qu’on se marie
Tu seras la fleur d’un joli bistrot
De tels boniments démolissent une femme
Je vivais déjà derrière mon comptoir
Les flics de couleur me disaient Madame
Bref, je gambergeais du matin au soir

Mon Dieu ramenez moi dans ma belle enfance
Quartier Saint François, au bassin du roi
Mon Dieu rendez-moi un peu d’innocence
Et l’odeur des quais quand il faisait froid
Faites-moi revoir les neiges exquises
La pluie sur Sanvic qui luit sur les toits
La ronde des gosses autour de l’église
Mon premier baiser sur les chevaux de bois

Aviez-vous remarqué que la poésie de nos vies se cache aussi dans les détails de nos foyers ? Quels lieux en Seine-et-Marne vous inspirent quelques vers joliment tournés ? Si les mots ont un pouvoir enchanteur sur vous, quelles histoires aimeriez-vous nous raconter ? En ce début de printemps, êtes-vous prêts à vous lancer ? A créer ?

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