Des vignes en Seine-et-Marne : rêve ou réalité ?

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Et si on se servait de l’arrivée du Beaujolais Nouveau pour vous parler des vignes de Seine-et-Marne ? Parce que oui, il y en a ! Domaines viticoles en activité, anciennes vignes ravivées par des passionnés… Il y a de belles histoires à savourer autour des quelques vins seine-et-marnais méconnus. Découvertes loin d’être un mythe.

La Seine-et-Marne est une terre de terroirs où de nombreux talents permettent de nous régaler de ses spécialités. Si le territoire se fait une place du côté des bières artisanales, le département possède également une histoire du vin très riche et pourtant encore confidentielle. Rattachée à la production du vin francilien, la Seine-et-Marne produisait des vins rouges et blancs depuis l’époque Mérovingienne. Ses terres vallonnées sont parfaites pour la vigne. De nouveaux ceps ont aussi été introduits à l’époque de François Ier tandis que d’autres vignes ont laissé la place à la pomme pour la production de cidre.

Histoire viticole en Île-de-France

L’Île-de-France possédait les domaines viticoles les plus importants de France au 18e siècle avec près de 42 000 hectares de vignes. Mais au 19e siècle, l’industrialisation, le phylloxéra (un puceron importé des Etats-Unis qui détruira les vignobles français), le développement du chemin de fer et la concurrence des vins du sud sonnent peu à peu le glas de la production en Île-de-France. Ce n’est que depuis la loi de 2016 qu’il est possible de planter de nouvelles vignes dans la région. Autrement dit, le début d’une renaissance pour le vin d’Île-de-France.

Aujourd’hui, l’indication géographique protégée (IGP) “Vins d’Île-de-France” garantit un vin produit avec 100 % de raisins franciliens aidant ainsi les démarches des passionnés ressuscitant les vignobles disparus de la région. Environ 200 vignobles sont privés ou parapublics en Île-de-France et ont une vocation pédagogique, culturelle et parfois touristique. Un grand nombre de villes réhabilitent des clos laissés à l’abandon. (en savoir plus)

Histoires viticoles en Seine-et-Marne

Le pinot noir et le chardonnay sont souvent de rigueur pour la vinification des rouges et blancs, attribuant aux vins du département des robes aux couleurs fortes, et aux arômes de fruits rouges. Nos vins ont donc du caractère.

Retour vers le passé des vins royaux de Seine-et-Marne

Par le passé, certains vignobles pluri-centenaires de Seine-et-Marne étaient renommés à la table des rois de France ou permettaient à des villages entiers de se retrouver autour d’une activité commune.

  • Le village de caractère de Thomery était connu pour son raisin de table Chasselas. Aujourd’hui, les serres du Jardin Salomon témoignent de cette histoire.
  • Il y a environ onze siècles, un moine de l’abbaye de Ferrières-en-Gâtinais aurait introduit la culture de la vigne dans la région du Gâtinais et notamment à Bourron-Marlotte. Le chasselas renommé à Thomery aurait aussi été importé à Bourron par les compagnons de François 1er au moment des guerres d’Italie.
  • A Livry-sur-Seine à côté de Melun, la culture de la vigne et la production de vin ont été l’activité principale des habitants du village au Moyen-Âge jusqu’à l’arrachage des plants à cause du phylloxéra à la fin du 19e siècle. Aujourd’hui, ce sont les vignerons de l’Arval (Association pour la renaissance de la vigne à Livry) qui font revivre cette tradition viticole et exploite le terrain du Clos des Pierrottes, sur lequel 400 pieds de chardonnay sont plantés.
  • Les vignes de Saint-Fargeau revivent grâce aux bénévoles de la Confrérie Saint-Vincent. Les rois de France et leur cour appréciaient ce vin blanc, et aujourd’hui, le cépage chardonnay reprend du service.
  • La Confrérie des compagnons d’Irminon à Combs-la-Ville a fait renaître les vignes sur un terrain municipal. Au 9e siècle, 30 hectares de vignes produisaient 1 500 hectolitres de vin à Combs. Aujourd’hui, ils sont près de 70 bénévoles à chouchouter cette histoire vinicole depuis environ trente ans. Les cépages de sauvignon, chardonnay et sémillon s’épanouissent. 17 pieds ont été plantés en 1988. Aujourd’hui, il y en a près de 700. Entre 300 et 500 bouteilles du Domaine du Petit Chêne sont généralement produites et non-destinées à la vente. Ce vin blanc sec, avec un nez dominé par le sauvignon, fait penser à du sancerre ou d’autres vins de Loire.
  • Flagy, bâti au Moyen-Age, possédait au sein de ses fortifications médiévales, une dizaine de jardins potagers étirés sur les bords d’un bras de la rivière Orvanne. Sur leurs murs, des vignes y étaient cultivées. Aujourd’hui un sentier longe toujours ces anciens jardins et de nouvelles vignes sont secrètement en train de s’installer…

Le saviez-vous ? Wikipédia nous interpelle sur la page de Provins. Extrait : “D’après une légende, Provins tiendrait son nom des vignes de Probus “Probi vinum” : Probus, alors général romain, se serait arrêté dans la cité vers 271. Devenu empereur (276-282), il prit des mesures autorisant la culture de la vigne en Gaule, annulant de ce fait l’édit de Domitien promulgué près de deux siècles plus tôt (un “provin” est un rejeton d’un cep de vigne destiné au marcottage).”
Êtes-vous déjà passé devant les vignes rue de la Pie aux pieds de la Tour César ? En tout cas, ça sent bon le vin d’autrefois… Notamment lorsque l’on nous murmure à l’oreille que Patrice Boudignat (producteur de la moutarde de Provins et aussi récoltant et vinificateur) est en pleine restauration d’une bâtisse et d’une cave en ville haute de la cité médiévale. L’idée ? En faire un lieu d’animation dédié à la vigne d’Île-France. Projet à suivre !

De nombreuses traces de la vie viticole se cachent en Seine-et-Marne. Le pressoir de Machault nous rappelle que jusqu’à la fin du 19e siècle, près de 80% de la population du village exerçait un métier lié à la vigne. A Montereau-Fault-Yonne, les caves Saint-Nicolas révèlent là où les vignerons du passé entreposaient leurs tonneaux de vin.

Retour vers le futur des vins seine-et-marnais

Les vignes seine-et-marnaises reprennent du poil de la bête grâce à la volonté des associations bénévoles et des experts passionnés par le vin.

  • Les vignes de la Brosse : L’association des Coteaux de la Brosse a décidé de replanter une vigne à Bussy-Saint-Georges. 2 000 pieds dont 1/3 pinot noir et 2/3 de chardonnay ont été plantés en 2004 sur une parcelle au sud du vieux village. Pas de vente pour l’association, mais des moments de convivialité et de partage lors d’événements festifs où ils vous livrent tous leurs savoirs comme ils le font ici sur quelques pages internet.
  • Les vignes de Liverdy-en-Brie : L’association Le Groupe Patrimoine du village organise ses vendanges depuis plus de vingt ans et invite les habitants du village à les rejoindre sur le “chemin des vignes”. Pressage sur place et dégustation offerte sont aussi au programme de ce rendez-vous de connaisseurs. Ils entretiennent près de 350 pieds de pinot noir et chardonnay.
  • Jean-Michel Bourgoin a commencé l’exploitation d’une vigne d’un peu plus d’1 hectare à Blunay, une commune de Melz-sur-Seine en 2017. L’aventure est familiale puisqu’il a hérité des terres de son père. Comme un souvenir de son enfance qu’il souhaite transmettre aujourd’hui à ses filles, les premières vendanges ont eu lieu en 2020. Les vins du Domaine Magalyval (contraction des premières syllabes des prénoms de ses filles) sont des vins dits “tranquilles”. Rouge, blanc et rosé… Quatre cépages prennent vie sur ces terres : pinot noir, chardonnay, viognier et gamay.
  • Le Clos de Montapeine : La Confrérie des Coteaux Briards de Coulommiers prend soin des 300 pieds de vignes du Clos. Des cépages de sauvignon et chasselas sont entretenus dans cette propriété familiale unique, puisque le lieu a surtout vocation à aider les passionnés de vin à se rencontrer, à apprendre à tailler, à vendanger… Leur production comptant une centaine de bouteilles par an est ensuite acheminée vers le Domaine du Bois Brillant à Guérard…

Le Domaine du Bois Brillant à Guérard

Saviez-vous que Guérard était un des anciens villages viticoles les plus importants à l’est de Paris au 19e siècle ? Daniel Kiszel est viticulteur bio et producteur du domaine du Bois Brillant. De la “Rue des Vignes” qui a inspiré Daniel, il a créé la “Maison de la Vigne et du Vin”. Il a planté ses premiers pieds de vigne en 2003 et aujourd’hui, les visiteurs viennent au domaine pour les vendanges, la taille de la vigne, en savoir plus sur la conduite d’un vignoble… ou pour tout simplement retrouver un contact avec la terre. C’est au bord du Grand Morin que près de 10 000 pieds de pinot noir, pinot gris, chardonnay et floréal produisent chaque année deux belles cuvées saluées par les œnologues.

Quels vins trouver au Domaine du Bois Brillant ?

  • Le vin rouge de Guérard est composé à 100% de Pinot Noir. Le cépage s’élève en cuve pendant douze mois grâce à une fermentation naturelle. A la dégustation, les arômes de fruits rouges, de cerise kirschée et d’épices poivrées fleurissent dans vos palais.
  • Le vin blanc de Guérard se compose de 85% de chardonnay et de 15% de pinot gris. Même principe que pour le vin rouge, sa fermentation est naturelle mais ne s’élève que neuf mois en cuve. En dégustation, vous retrouverez des arômes de fruits blancs, de poire, de pomme, de prune, de miel et d’acacia pour un peu plus de moelleux en bouche.

Entre ateliers œnologiques et une activité de caviste qui se développe, cette success story ne fait que commencer pour le domaine. Le vin de Guérard a obtenu son IGP. La Cuvée Blanche 2018 se retrouve à la carte du “Fouquet’s” à Paris et sur celle du restaurant “La Part des Anges” à Nice. Une chose est sûre, une nouvelle histoire viticole de terroir est en train de s’écrire à Guérard.
=> En savoir plus sur le Domaine du Bois Brillant
=> Faites une visite de la Maison de la Vigne et du Vin

Les Coteaux du Montguichet à Chelles

Il y a trois ans, Pierric Petit entreprend une aventure sur la colline du Mont Guichet qui surplombe la ville de Chelles : planter des vignes. En septembre 2021, il récolte les premiers raisins pour pouvoir proposer ses premières bouteilles en juin 2022. Quatre types de cépages s’étendent dans le vignoble entièrement bio de 5 hectares : du pinot noir, du chardonnay, du pinot gris et du savagnin. 

Des parcelles sont encore disponibles au Mont Guichet pour différents projets : nouveaux cépages, agroforesterie ou encore activités pour le public. Dans les prochaines années, le vigneron espère pouvoir produire 9 tonnes de raisin permettant la sortie de 25 000 à 30 000 bouteilles, avec six à huit cuvées différentes. Lui aussi détenteur de l’IGP “vin d’Île-de-France”, sa production viticole locale assure une gestion en circuit court.
Il faut encore un peu de patience avant de pouvoir savourer « Les Coteaux du Montguichet » de Chelles.
=> Suivez l’activité de Pierric sur Facebook

Le Clos de Nonville

Maraîchage & vignoble IGP Ile-de-France en agriculture biologique, forêt favorisant la biodiversité, des ruches et des chênes truffiers… Le Clos de Nonville situé près de Nemours est un de ces lieux d’exception où les collaborations avec des agriculteurs locaux sont de mise pour favoriser les approvisionnements en circuit court. Et si pour l’instant, leur production est destinée essentiellement au restaurant gastronomique Bellefeuille de l’hôtel Saint-James-Paris dans le 16e arrondissement de Paris, le domaine s’installe petit à petit dans le paysage.

Côté vin, 7 hectares répartis entre chardonnay, sauvignon et pinot noir ont été plantés. Les premières vendanges devraient avoir lieu à l’automne 2022. De belles saveurs en perspective !
=> En savoir plus

Vous l’aurez compris, il est déjà possible de boire (avec modération) du vin seine-et-marnais. Mais pour la plupart des domaines, il faut parfois encore faire preuve de patience avant de passer aux vendanges des vignes de Seine-et-Marne. Heureusement, les associations qui ont à cœur de préserver cette tradition viticole sur le territoire nous invitent aussi souvent que possible à déguster leurs petites productions locales. Une expérience intimiste et conviviale assurée à qui sait la dénicher 😉

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